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LES POUVOIRS DE L’AURA

La communauté scientifique fut également ébranlée par le pouvoir qu’ Eusapia Palladino, une femme inalphabète, exerçait à l’encontre des lois naturelles.

Le célèbre psychiatre et criminologue Cesare Lombroso la fit connaître dans le monde entier. Poussé par un de ses amis scientifiques, le professeur Chiaia, il avait accepté de voir la femme qu’il considérait simplement comme une sorcière hystérique et fut envahi par la perplexité. Peu après s’être assis devant une énorme table de simple apparence en compagnie d’une dizaine de personnes  et y avoir posé les mains comme on le lui avait indiqué, il entendit des coups puissants. Puis le meuble commença à s’élever sans que personne fît le moindre geste. Il atteignit d’ailleurs une telle hauteur qu’il était nettement possible de vérifier que personne n’intervenait dans son « vol ». Ensuite, une lourde cloche s’éleva également dans les airs et se mit à flotter au-dessus des personnes présentes en sonnant de façon folle et assourdissante.

Le Docteur Lombroso toucha immédiatement les mains de l’étrange paysanne pour vérifier une fois de plus qu’elle ne faisait rien physiquement pour produire ces événements.

Mais ensuite, comme si l’intelligence à l’origine de ces prodiges avait lu sa pensée, de nombreuses mains invisibles se mirent à passer le bout de leurs doigts sur son visage, comme l’auraient fait des dizaines d’insectes voletant autour des lumières qui éclataient sous forme d’éteincelles tout près de lui et dans toute la partie supérieure de la pièce.

Après cette séance, dont il sortit épuisé, avec l’image du sourire déconcertant d’Eusapia Palladino, fatigué, gravé pour toujours dans sa mémoire, le Docteur Lombroso désira assister de nouveau à une démonstration de ses pouvoirs. Il devait, pensait-il, se libérer totalement de la faiblesse et de la naïveté qui caractérisent généralement ceux qui se  laissent convaincre par les prouesses des êtres ignorants, souvent invalides et finalement pathétiques, qui croient être dotés de pouvoirs particuliers. Non, il ne serait pas l’un de ces romantiques toujours prompts à s’émerveiller au moindre feufollet. Il devait, étant déjà prévenu contre l’émotion, examiner le comportement d’Eusapia avec attention et sous tous les angles possibles.

Il obtint rapidement un nouveau rendez-vous et, dans une demeure misérable, vit un chandelier s’élever et se diriger, comme mû par sa force propre, vers un plat rempli de farine qui se renversa complètement sur le chandelier sans que tombe un seul granule.

Lombroso et ses collègues furent particulièrement intrigués par la nature d’une énergie, semblable à l’électricité, qui produisait dans l’air des étincelles. Pour Lombroso, il était évident qu’ils se trouvaient devant une forme d’énergie inconnue, capable de transformer le cours de la science. Il ne pensait plus à la supercherie. Pourtant, des duperies, il y en eut, avec des charlatants et des illusionnistes, plus ou moins doués ; et la mauvaise foi fut également active, surtout parmi les hommes de science qui ne résistaient pas à la facilité de nier a priori l’évidence et dont l’esprit s’affinait mesquinement pour constater et dénoncer les fraudes, condamnant aveuglément tout ce qui échappait à leurs analyses.

A la fin de cette année, après qu’il eut parlé à la médium pendant un moment, il sortit de la maison. Il n’était plus le même homme. Quelques mois après en écrivant, il disait tristement : « je suis confus et affligé d’avoir combattu aussi vaillamment la possibilité de faits appelés spirites… ». Cependant, il avait vu.

Il eut ensuite le bonheur de poursuivre ses examens méticuleux à travers les dix-sept autres séances qu’Eusapia lui offrit en présence de nombreux autres chercheurs comme le médecin Schrenck-Notzing et les physiciens Gerosa et Ermacora. Un petit nombre d’esprits rationnels et tolérants contemplèrent ainsi médusés Eusapia en train de s’élever au-dessus d’une table, assise sur sa chaise, dans un tumulte d’étincelles, d’éclairs et de sifflements.

 


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