L’ordalie, c’était le
jugement de Dieu réalisé par des moyens « naturels », feu, eau ou autres…
On retrouve le procédé
chez les Germains, chez les Scandinaves mais aussi en Inde : Que le juge fasse prendre du feu à celui
qu’il veut éprouver ou qu’il ordonne de le plonger dans l’eau. Celui que la
flamme ne brûle pas, que l’eau ne fait point surnager doit être reconnu comme
véridique, dit un vieux code indien.
L’ORDALIE PAR LE FEU
Ce jugement de Dieu était
surtout réservé aux nobles et aux ecclésiastiques dispensés de combat.
Une barre de fer – bénite
et conservée dans une église – était chauffée et plus ou moins rougie, selon la
gravité du crime et la décision des juges.
L’accusé, qui, au
préalable, avait jeûné trois jours au pain et à l’eau et entendu la messe,
devait la prendre plusieurs fois à pleines mains, ou la transporter sur
quelques mètres. Ses mains étaient enfermées dans des sacs scellés. Trois jours
après, les sacs étaient ôtés : si les mains ne portaient aucune trace de
brûlure, l’accusé était déclaré innocent.
Il y avait des
variantes : on pouvait mettre la main de l’accusé dans un gantelet rougi
au feu, ou ses pieds sans dans des brodequins de fer rouge (L’Inquisition
réutilisera ces brodequins, pour arracher des aveux à ses victimes).
Il devait aussi marcher
sur des socs de charrues rougis (9 socs chez les Germains), où passer en
travers d’un bûcher (chez les Grecs, il devait traverser pieds nus une tranchée
emplie de braises ardentes).
L’ORDALIE PAR L’EAU BOUILLANTE
L’accusé devait prendre,
au fond d’un baquet rempli d’eau bouillante, et à une profondeur
proportionnelle à la faute reprochée, un anneau bénit. Le bras était ensuite
enfermé dans un sac scellé et, au bout de trois jours, s’il n’y avait aucune
trace de brûlure, l’accusé était innocenté.
L’ORDALIE PAR L’EAU FROIDE
Le jugement par l’eau
froide, qui méconnaissait le principe d’Archimède, consistait à jeter dans une
cuve d’eau l’accusé dont on avait lié la main droite au pied gauche, et la main
gauche au pied droit.
Si le corps s’enfonçait,
c’est que l’accusé était innocent ; si le corps flottait, c’est qu’il
était coupable. C’est certes contraire aux lois de la physique, mais la foi
religieuse en justifait l’irrationnel.
Si un corps pouvait
flotter à la surface de l’eau, c’est que l’eau était bénite, habitée par
l’Esprit Saint, lequel estimait indigne d’elle d’absorber le corps d’un
coupable ! Elle le rejetait !
Mais il y avait des
provinces où celui qui flottait était déclaré innocent, celui qui s’enfonçait
était coupable.
Lorsque les guerriers
francs croyaient ne pas être le père d’un enfant, ils ils plaçaient le
nouveau-né sur un bouclier renversé et l’abandonnaient au fil de l’eau d’une
rivière.
Si le bouclier ne
chavirait pas, ils acceptaient leur paternité.
L’ORDALIE PAR L’ALIMENT
L’accusé de vol devait
ingurgiter un morceau de pain d’orge et un morceau de fromage de brebis sur
lesquels on avait dit la messe. S’il était incapable d’avaler cet encas, où
s’il le rejetait en vomissant, il était réputé coupable !
D’après le règlement d’un
monastère, si quelqu’un a été pris pour
vol et qu’il le nie, il se rendra le mardi soir à l’église, en habit de laine
et nu-pieds, et il y demeurera jusqu’au samedi.
Il observa un jeûne de trois jours pleins, ne se
nourrissant que de pain azyme fait d’orge pur, d’eau, de sel et de cresson
d’eau.
La mesure d’orge, pour chaque jour, sera telle
qu’on puisse la prendre en joignant les deux mains. Du cresson, il en aura une
poignée, et du sel autant qu’il en faudra pour ces aliments.
S’il supportait jusqu’au
bout cette grève volontaire de la faim, il était déclaré innocent.
L’ORDALIE PAR LA CROIX
Les deux parties,
l’accusateur et l’accusé, étaient placées, pendant la messe, devant une croix,
et devaient garder les bras à l’horizontale.
Le premier qui montrait
des signes de fatigue en laissant retomber un bras était déclaré coupable.
Lothaire 1er ,
Empereur d’Occident (795-855) interdit cette pratique car personne n’oserait faire une épreuve par la croix, de peur de faire
mépriser la passion du Christ.
Pourtant son grand-père
Charlemagne avait demandé, dans son testament, qu’on eut recours à cette
épreuve pour régler les différends provoqués par le partage de son empire entre
ses fils.
Au début du IXe siècle,
Agobard, évêque de Lyon, s’insurge contre la
détestable opinion de ceux qui prétendent que Dieu fait connaître sa volonté et
son jugement par les épreuves de l’eau et du feu…