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L’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon

En 1097, la première croisade menée par Godefroi de Bouillon, Robert de Flandre et Bohémon de Tarente est lancée par le Pape Urbain II.
En 1099, prise de Jérusalem. Godefroi, ne se sentant pas digne de porter une couronne dans la ville où le Christ fut crucifié, prend le titre d’« Avoué du Saint-Sépulcre ».

En 1100, mort de Godefroi de Bouillon, Baudoin de Boulogne, son frère, est sacré Roi de Jérusalem.
En 1118, Baudoin II est sacré Roi de Jérusalem. La même année, neuf chevaliers français, avec à leur tête Hugues de Payens, arrivent à Jérusalem où ils se présentent à Baudouin II. Ils furent reçus dans l’enceinte du Temple du Roi Salomon. On déplaça d’ailleurs les chanoines du Saint-Sépulcre pour l’occasion. Devant le Patriarche de Jérusalem (Garimond) ils prêtent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. L’origine d’Hugues de Payens a soulevé bien des controverses parmi les historiens. On n’en connaît rien si ce n’est qu’il est vraisemblablement originaire de la Champagne. Le personnage doit être d’une certaine importance puisque son nom apparaît dans deux Chartes d’Hugues de Troyes. Le village dont il porte le nom se situe d’ailleurs à une dizaine de kilomètres de Troyes.

Jacques de Vitry :

« … Le roi, les chevaliers et le seigneur patriarche, remplis de compassion pour ces nobles hommes qui avaient tout abandonné pour le Christ, les soutinrent de leurs propres ressources et leur conférèrent dans la suite…quelques bénéfices et quelques propriétés. Comme ils n’avaient pas encore d’église qui leur appartint, ni de résidence fixe, le seigneur roi leur accorda pour un temps une petite habitation dans une partie de son palais, auprès du temple du Seigneur…ils furent appelés dans la suite les Frères Chevaliers du Temple. »

Le 27 décembre 1118, le jour de la Saint-Jean l’Évangéliste, ces neuf chevaliers (Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, André de Monbard, Payen de Montdidier, Archambaud de Saint Aignan, Geoffroy Brisol, Hugues Rigaud, Rossal et Gondemare) se réunirent à l’emplacement du Temple de Salomon où ils révélèrent la fondation de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. « Il y a à Jérusalem un temple où ils habitent en commun ; s’il est bien loin d’égaler par son architecture l’ancien et fameux temple de Salomon, du moins il ne lui est pas inférieur en gloire. En effet toute la magnificence du premier consistait dans la richesse des matériaux corruptibles d’or et d’argent et dans l’assemblage des pierres et des bois de toutes sortes qui entrèrent dans sa construction ; le second, au contraire, doit toute sa beauté, ses ornements les plus riches et les plus agréables, à la piété, à la religion de ses habitants et à leur vie parfaitement réglée ; l’un charmait les regards par ses peintures ; mais l’autre commande le respect par le spectacle varié des vertus qui s’y pratiquent et des actes de sainteté qui s’y accomplissent » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple »). L’Ordre des Templiers venait de naître. Leur mission est de protéger les routes pour les pèlerins en Terre Sainte.

De 1118 à 1127, pendant 9 ans, les Templiers s’organisent, mais bizarrement eux qui se voulaient protecteurs des pèlerins, ne participent à aucune bataille. Leur seule occupation fut de rénover les écuries souterraines du Temple. En 1220, Baudoin II donne l’ensemble du palais du Temple aux Templiers. Pendant la même période, l’Ordre recrute des écuyers et des sergents d’armes.

En 1126, le comte Hugues de Champagne entre dans l’Ordre, apport d’importance puisqu’il est un grand ami de Bernard de Clairvaux, dont l’autorité est immense dans les milieux ecclésiastiques.
En 1227, Baudoin II envoie Hugues de Payens et certains de ses compagnons en Europe. Le pape Honorius II les reçoit. Des contacts sont pris avec Bernard de Clairvaux qui va organiser le Concile qui doit donner une existence légale à l’Ordre.

Le 14 janvier 1128, le Concile de Troyes, réuni dans la cathédrale de Troyes, sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, dote officiellement la nouvelle congrégation des « Règles de l’Ordre ». En fait, celle-ci ne fait qu’approuver une règle qui préexistait. Cette règle, rédigée en latin, comporte 72 articles et subordonne le Temple à l’autorité du Patriarche de Jérusalem.

Vers 1130, le « De Laude Novae Militiae » de Bernard de Clairvaux, ouvrage dans lequel il oppose la chevalerie séculière et la chevalerie céleste des Templiers.
« Un nouveau genre de milice est né, dit-on, sur la terre, dans le pays même que le Soleil levant est venu visiter du haut des cieux, en sorte que là même où il a dispersé, de son bras puissant, les princes des ténèbres, l’épée de cette brave milice en exterminera bientôt les satellites, je veux dire les enfants de l’infidélité. Elle rachètera de nouveau le peuple de Dieu et fera repousser à nos yeux la corne du salut, dans la maison de David son fils (Luc I, passim). Oui, c’est une milice d’un nouveau genre, inconnue aux siècles passés, destinée à combattre sans relâche un double combat contre la chair et le sang, et contre les esprits de malice répandus dans les airs. Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies, un même homme pendre avec courage sa double épée à son côté et ceindre noblement ses flancs de son double baudrier à la fois. Le soldat qui revêt en même temps son âme de la cuirasse de la foi et son corps d’une cuirasse de fer ne peut point ne pas être intrépide et en sécurité parfaite ; car, sous sa double armure, il ne craint ni homme ni diable. Loin de redouter la mort, il la désire. Que peut-il craindre, en effet, soit qu’il vive, soit qu’il meure, puisque Jésus-Christ seul est sa vie et que, pour lui, la mort est un gain ? Sa vie, il la vit avec confiance et de bon cœur pour le Christ, mais ce qu’il préférerait, c’est d’être dégagé des liens du corps et d’être avec le Christ ; voilà ce qui lui semble meilleur. Marchez donc au combat, en pleine sécurité, et chargez les ennemis de la croix de Jésus-Christ avec courage et intrépidité, puisque vous savez bien que ni la mort, ni la vie ne pourront vous séparer de l’amour de Dieu qui est fondé sur les complaisances qu’il prend en Jésus-Christ, et rappelez-vous ces paroles de l’Apôtre, au milieu des périls : « Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm XIV, 8). Quelle gloire pour ceux qui reviennent victorieux du combat, mais quel bonheur pour ceux qui y trouvent le martyre ! Réjouissez-vous, généreux athlètes, si vous survivez à votre victoire dans le Seigneur, mais que votre joie et votre allégresse soient doubles si la mort vous unit à lui : sans doute votre vie est utile et votre victoire glorieuse ; mais c’est avec raison qu’on leur préfère une sainte mort ; car s’il est vrai que ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureux, combien plus heureux encore sont ceux qui meurent pour le Seigneur ? » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple Louange de leur Nouvelle Milice »)

Le 29 mars 1139, Innocent II émet la bulle pontificale « Omne Datum Optimum », source de tous les privilèges de l’Ordre. Le but de celle-ci est de doter le Temple de chapelains pour le service religieux et par là, de l’affranchir des juridictions épiscopales. L’Ordre est soumis directement à l’autorité du pape, laissant ainsi au Maître et à son chapitre une liberté presque totale. En outre, les Templiers se virent donner le privilège de percevoir les dîmes.
« Nous vous exhortons à combattre avec ardeur les ennemis de la croix, et en signe de récompense, Nous vous permettons de garder pour vous tout le butin que vous aurez pris aux Sarrasins sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part. Et nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, demeure sous la protection et la tutelle du Saint Siège. »

En 1146, le Pape Eugène III leur donne la tunique blanche ornée à l’épaule de la croix pattée rouge comportant quatre branches égales.
À partir de ce moment, l’Ordre ne cessera de grandir et bientôt, il possède des commanderies dans toute l’Europe aussi bien qu’en Palestine. L’Ordre affrète sa propre flotte basée à La Rochelle. De là, partaient les navires à destination du Levant et c’est dans ce port qu’arrivaient les navires en provenance d’Angleterre et de Bretagne.

Pendant le XIIe et le XIIIe siècle, l’histoire du Temple se confond avec l’histoire des Croisades.
Esquieu de Floyrian, sur les pressions de Guillaume de Nogaret, avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites d’entrée dans l’ordre et Philippe le Bel profite alors de ces informations pour ordonner une enquête et ainsi, le 13 octobre 1307, les sergents de Philippe le Bel s’emparent de la quasi-totalité des Templiers en France. Presque tous les autres États européens suivent le mouvement. D’après les documents de l’enquête pontificale, qui contiennent jusqu’à cent vingt-sept rubriques, les Templiers étaient accusés principalement de simonie (Trafic criminel des choses saintes), d’hérésie, d’idolâtrie, de magie et de sodomie. Accessoirement, ils furent accusés d’imposer à leurs néophytes le reniement du Christ, le crachat sur le crucifix et le don de baisers obscènes. Les prêtres, en célébrant la messe, auraient omis volontairement de consacrer les hosties ; ils n’auraient pas cru à l’efficacité des sacrements.

Enfin, les Templiers se seraient adonnés à l’adoration d’une idole dite « Baphomet » (tête humaine dont nous parlerons plus loin) ou d’un chat ; ils auraient porté nuit et jour, sur leurs chemises, des cordelettes enchantées. Le réquisitoire représentait tous ces crimes comme commandés par une Règle secrète.

Le Concile de Vienne de 1311-1312 examine l’affaire des Templiers, mais la majorité des cardinaux conclut que rien ne démontre la culpabilité de l’Ordre et qu’il faut à nouveau entendre ses représentants. Sous la pression de Philippe le Bel, le Pape officialisera la suppression de l’Ordre le 22 mars 1312 par la bulle pontificale « Vox in excelso ».
« Considérant donc l’infamie, les soupçons et les insinuations bruyantes et autres choses précitées qui se sont élevées contre l’ordre, et aussi la réception secrète et clandestine des frères de cet ordre ; que nombre de ces frères se sont éloignés des coutumes générales, de la vie et des habitudes des autres fidèles du Christ, et ceci surtout quand ils recevaient d’autres [hommes] parmi les frères de leur ordre ; [que] pendant cette réception, ils faisaient faire profession et jurer à ceux qu’ils recevaient de ne révéler à personne le mode de leur réception et de ne pas quitter cet ordre, en raison de quoi des présomptions se sont fait jour contre eux ;

Considérant en outre le grave scandale que ces choses ont fait naître contre l’ordre, qui ne semblait pas pouvoir s’apaiser tant que cet ordre subsistait, et également le danger pour la foi et les âmes ; que tant de choses horribles ont été commises par de très nombreux frères de cet ordre [...] qui sont tombés dans le péché d’une atroce apostasie contre le seigneur Jésus-Christ lui-même, dans le crime d’une détestable idolâtrie, dans l’exécrable outrage des Sodomites [...] ;

Considérant également que l’Église Romaine a parfois supprimé d’autres ordres illustres pour des faits bien moindres que ceux ci-dessus mentionnés, sans même qu’un blâme soit attaché aux frères : non sans amertume et tristesse de cœur, non pas en vertu d’une sentence judiciaire, mais par manière de provision ou d’ordonnance apostolique, le susdit ordre du Temple et sa constitution, son habit et son nom par décret irrévocable et valable à perpétuité, et nous le soumettons à une interdiction perpétuelle avec l’approbation du saint concile, interdisant formellement à quiconque de se permettre à l’avenir d’entrer dans ledit ordre, de recevoir ou de porter son habit, ou d’agir en tant que Templier. Quiconque transgressera ceci encourra la sentence d’excommunication ipso facto.

En outre, nous réservons les personnes et les biens de cet ordre à l’ordonnance et disposition de notre siège apostolique, dont, par la grâce de la faveur divine, nous entendons disposer pour l’honneur de Dieu, l’exaltation de la foi chrétienne et la prospérité de la Terre Sainte avant la fin du présent concile ».

La bulle « Ad providam » du 2 mai décrète que les biens du Temple passeront aux mains des Hospitaliers.
Le Pape Clément V soutient le roi de France et ainsi, en 1314, Jacques de Molay (22e Grand Maître), Geoffroy de Charnay (Percepteur de Normandie) et 37 chevaliers de l’Ordre furent brûlés vifs à Paris sur l’île aux juifs. Godefroi de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l’ordre : « Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu vengera notre mort ». Nous sommes loin de la diatribes de Molay version Rois Maudits de Druon.

En Allemagne, les Templiers furent acquittés et intégrèrent d’autres ordres. En Espagne, les Templiers se réfugièrent dans l’Ordre de Calatrava et un nouvel ordre fut créé, celui de Montesa. Au Portugal, les Templiers furent acquittés et fondèrent l’Ordre du Christ (Vasco de Gama et Henri le Navigateur en furent membres). Il est à noter que les navires de Christophe Colomb portaient la Croix pattée templière et que lui-même était marié à la fille d’un ancien Grand-Maître de cet ordre.

Organisation du Temple

Les territoires où s’exercent les activités du Temple sont divisés en Provinces. En 1294, on en comptait 22 (5 en France, 4 en Espagne, 3 en Italie, 2 en Allemagne, 1 en Angleterre, 1 en Hongrie, 6 en Orient).
Les Templiers formaient une armée permanente de quelques milliers d’hommes encadrée par 500 chevaliers et 1000 sergents. L’ensemble obéissait au Maître et à son état-major.

Hiérarchie :

L’état-major du Temple est constitué par :

• Le Maître de l’Ordre : assimilé à un Abbé ou, plutôt, à un souverain. Il ne peut prendre aucune décision sans l’accord du Chapitre.
• Le Sénéchal de l’Ordre : il détient le sceau de l’Ordre.
• Le Maréchal : chef militaire et responsable de la discipline.
• Le Commandeur de la Terre et du Royaume de Jérusalem : trésorier du Temple et chef de la marine.
• Le Commandeur de Tripoli et d’Antioche.
• Le Drapier : intendant des fournitures de l’Ordre.
• Le Turcopolier.
• Le Sous-Maréchal.
• Le Gonfanonier.
• Le Commandeur de Jérusalem : gardien des pèlerins, de la Sainte-Croix et Ambassadeur de l’Ordre.

Le Maître du Temple, qui ne sera que tardivement appelé Grand Maître, avait l’autorité d’un chef suprême, mais il ne pouvait prendre une décision qu’après consultation du chapitre. Il ne pouvait donner ou prêter les biens de l’ordre et ne pouvait commencer ou finir une guerre. En fait, le Grand-Maître faisait figure d’un président contrôlé par le chapitre. Il devait d’ailleurs se conformer obligatoirement aux décisions de celui-ci. « Tous les Frères doivent obéir au Maître et le Maître doit obéir à son Convent. » (Statuts hiérarchiques).

À la mort du Maître, les fonctions sont assurées par le Maréchal qui réunit tous les dignitaires de l’Ordre. Ceux-ci désignent le Grand Commandeur qui fera fonction jusqu’à l’élection du nouveau maître. Le Grand Commandeur forme un conseil restreint qui fixe le jour de l’élection. Ce jour, il rassemble un chapitre restreint qui choisit trois frères dont l’un est nommé Commandeur de l’Élection. Le Chapitre lui choisit un adjoint. Le Commandeur de l’Élection et son adjoint se retirent à la chapelle où ils prient jusqu’au lever du soleil. Au matin, le Commandeur de l’Élection et son adjoint désignent deux autres Frères. Ils élisent alors deux autres Frères et ainsi de suite jusqu’au nombre de 12 (en rappel des Apôtres) puis un treizième qui doit être un chapelain de l’Ordre. Parmi ce Chapitre, il doit y avoir 8 Chevaliers et 4 Sergents. Les treize électeurs se retirent et quand l’accord semble se faire sur deux noms, le Commandeur met aux voix et c’est celui qui recueille la majorité qui est désigné en tant que nouveau Maître de l’Ordre.

Le reste des membres du Temple se répartissaient de la manière suivante : les Chevaliers, les Écuyers, les Sergents, les Chapelains et les Frères de Métiers.
De plus, on comptait trois catégories de personnes qui faisaient un service d’une durée déterminée dans l’Ordre : les Chevaliers clients, les Écuyers clients et les Turcopoles.

La vie du Temple

Le trousseau des chevaliers se composait de deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, d’un justaucorps, d’une pelisse, d’une chape, de deux manteaux, d’une tunique et d’une large ceinture de cuir. À ces vêtements, s’ajoutent deux serviettes : une pour la table la deuxième pour la toilette.
Le trousseau militaire comprend : un haubert, une paire de chausses de fer, un chapeau de fer, un heaume, des souliers et une cotte d’arme. L’armement consistait en une épée, une lance et un écu.
Outre leurs occupations civiles et du service militaire, leur existence est celle de moines. Quand sonne campane de matines, les templiers se rendent à la chapelle où ils doivent dire 13 paters pour Notre-Dame et 13 pour le saint du jour. Après matines, ils doivent se rendre aux écuries. À prime, les chevaliers se rendent à nouveau à la messe. Les Templiers ne peuvent pas manger sans avoir entendu ou récité 60 paters. Avant les repas, on récite le bénédicité et un pater. Les grâces à la chapelle au sortir du réfectoire, puis les vêpres, les heures de none et complies.
Chacune des heures s’accompagne de 13 ou 18 paters. À cela s’ajoute toute la gamme des obligations lors des fêtes catholiques. À la tombée de la nuit, les frères prennent une collation puis se rendent à la chapelle.

Liste des Grands-Maîtres

Attention, la liste donnée ici est indicative et n’est qu’une des nombreuses listes émises par des historiens. En effet, il semble que les historiens ne soient pas d’accord quant au nombre et aux noms des grands maîtres de l’Ordre…

1. Hugues de Payens
2. Robert le Bourgignon
3. Evrard des Barres
4. Bernard de Tramelay
5. Bertrand de Blanquefort
6. Philippe de Napelouse
7. Odon de Saint-Amand
8. Arnaud de Toroge
9. Terrie (ou Thierry ou Therence)
10. Gérard de Riddeford
11. Robert de Sablé
12. Gilbert Horal
13. Philippe de Plessiez
14. Guillaume de Chartres
15. Pierre de Montaigu
16. Armand de Périgord
17. Guillaume de Tonnac
18. Renaud de Vichiers
19. Thomas Beraut
20. Guillaume de Beaujeu
21. Le moine Gaudin
22. Jacques de Molay

Histoire occulte

Sont réunis ici des hypothèses et des éléments de l’occultisme lié au Temple. Les Templiers ont toujours excité l’imagination de nombreux chercheurs professionnels ou non. Ainsi, il y a ceux qui défendent l’idée d’un ésotérisme templier et tentent de relier tous les événements mondiaux à l’intervention directe ou indirecte des Templiers. Le but de cette partie n’est pas de défendre ou de récuser telle ou telle hypothèse.

1- Le Sceau de l’Ordre : il représente deux chevaliers montés ensemble sur un cheval. Ce sceau peut alors symboliser la pauvreté de l’Ordre, mais aussi un niveau plus profond, il peut symboliser :
• La double nature de l’Ordre, exotérique et ésotérique, guerrière et monastique
• La double nature de l’homme, divine et humaine
• La tripartition de l’être en spiritus (esprit), animus (âme) et corpus (corps)
2- Le nombre trois apparaît souvent dans la vie de l’Ordre (aumône trois fois par semaine, accepter trois assauts avant de répliquer…)

3- Le Baphomet : il faut tout d’abord savoir que le terme « Baphomet » n’a jamais été prononcé par les accusateurs ni par les Templiers eux-mêmes. On ne retrouve, en réalité que la forme adjectivale « baphométique » ou « bafométique ». Ainsi, un frère occitan de l’Ordre à Montpezat, Gaucerant, avoua avoir adoré une « image bafométique » ce qui, en langue d’oc, pourrait être une déformation du nom du prophète de l’Islam Mahomet. Selon les occultistes, le Baphomet serait une idole d’origine islamique alors que l’Islam interdit toute représentation humaine, ou bien symbolisation des deux Saint-Jean sous la forme de Janus, un symbole du baptême et de l’initiation ? Voici, tout d’abord, les termes précis d’un article de la première enquête (articulo super quibus inquiretur contra ordinem Templi) : « Que les chevaliers, dans les diverses provinces, avaient des idoles, à savoir des têtes, dont quelques-unes à trois faces et d’autres à une seule ; d’autres possédaient un crâne humain. Ces idoles ou cette idole étaient adorées… Les chevaliers disaient que cette tête pouvait les sauver, les rendre riches, qu’elle fait fleurir les arbres, qu’elle fait germer les moissons ; les chevaliers ceignaient ou touchaient avec des cordelettes une certaine tête de ces idoles et ensuite ils se ceignaient avec cette cordelette, soit au-dessus de la chemise, soit sur la peau ». L’historien danois Münter, comme d’autres, a émis l’hypothèse que les prétendues têtes adorées par les Templiers étaient de simples chefs reliquaires, comme on en trouve encore dans beaucoup de musées et de trésors d’églises.

4- Le Beaucéant : de couleur noire et blanche ou rouge et or, il pourrait symboliser les Ténèbres et la Lumière. Se reporter à l’ouvrage de Gérard de Sède quant aux autres implications de ce drapeau.

5- Les nombres Neuf et Trois : en effet, l’Ordre fut fondé par neuf chevaliers le 27 décembre 1118 (2+7=9, 12=9+3…), la Règle latine comporte 72 articles (7+2=9), il y a neuf ans entre 1118 et 1127 et les années 18 et 27 sont des multiples de neuf, l’Ordre comptait neuf provinces, le Beaucéant était parfois un composé de 81 cases noires et blanches (carré de 9, 8+1=9).

Dante et les Templiers

En 1318, Dante termine sa Divine Comédie où il fait allusion à plusieurs reprises aux Templiers. Dans le Paradis (Chant XXX), Béatrice est entourée et protégée par « une assemblée de blancs manteaux » (nom sous lequel on connaissait les chevaliers du Temple). Toujours dans les cercles du Paradis, Dante choisit Saint Bernard comme guide (Chant XXXII) en raison de son rôle dans la fondation de l’Ordre du Temple. Saint Bernard dans son De laude novae militiae expose, comme nous l’avons vu, la mission et l’idéal de la chevalerie chrétienne, de la « milice de Dieu », terme que l’on retrouve souvent dans les écrits des Fidèles d’Amour, dont Dante était un membre éminent.

Dans le Purgatoire (Chant XXVII), Dante se souvient avoir assisté au supplice de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay sur le bûcher, le 18 mars 1314, à Paris : « Je tendis en avant les mains jointes, et m’allongeai, regardant le feu, et vivement me représentant les corps humains que déjà j’avais vu brûler ».

Dante, enfin, compare le pape Clément V à l’Antéchrist, et, il lui assigna une place dans son Enfer (Chant XIX) : « Viendra du couchant un pasteur sans loi […] Il sera un nouveau Jason duquel parlent les Machabées, et comme à celui-là flexible fut son roi, à celui-ci le sera le roi qui régit la France ». Il assimile plus loin le roi de France, Philippe le Bel à Pilate dans son Purgatoire (Chant XX) : « Je vois le nouveau Pilate si cruel que cela ne le rassasie, mais sans décret il pousse dans le Temple ses voiles cupides ».

Dante et les Fidèles d’Amour, auxquels appartenait Dante, ont parsemé leurs œuvres de divers symboles ésotériques afin de rappeler leur filiation avec l’esprit chevaleresque de l’Ordre du Temple. Ainsi, Dante se sert souvent du chiffre 9 comme chiffre sacré, symbolisme de la trinité : esprit, âme, corps, chacun ayant 3 aspects et 3 principes. Ce chiffre, également très symbolique pour les Templiers, rappelle les 9 fondateurs traditionnels de l’Ordre, ainsi que les 9 provinces du Temple d’Occident ; par la signification des « Cieux » donnée par Dante dans sa Divine Comédie – les 9 « Cieux » sont les degrés de la hiérarchie initiatique qui mènent à la « Terre Sainte ».

Godefroi de Bouillon

Avoué du Saint-Sépulcre en 1099, il aurait fondé l’Ordre du Prieuré de Sion établi à l’abbaye Notre-Dame du Mont de Sion qui serait à l’origine de la fondation de l’Ordre du Temple. Selon certaines sources, le Prieuré de Sion était la structure ésotérique tandis que le Temple était la structure visible exotérique. Le Prieuré aurait survécu sous diverses formes jusqu’à nos jours. En réalité, et au grand dam des fans du Da Vinci Code et autres fariboles mystico-mystérieuses, le Prieuré de Sion ne sera mentionné pour la première fois qu’en 1956, invention du mystificateur français Pierre Plantard. Dans une série de faux documents déposés à la Bibliothèque nationale au milieu des années 1960 et intitulés « Dossiers secrets d’Henri Lobineau », Plantard présente le Prieuré comme une confrérie remontant à 1099, liée à l’Ordre du Temple et dont la mission aurait été de préserver le secret d’une descendance cachée des Mérovingiens pour la restauration d’une monarchie mérovingienne en France.

3. Contacts avec les communautés musulmanes et les autres ordres initiatiques
3.1. Les Assassins : secte shi’ite fondée au XIe siècle par Hassan Ibn Sabbah, les Assassins sont des chevaliers principalement basés en Syrie et en Perse qui obéissent aveuglément à leur chef, le « Vieux de la Montagne ».

Il existe un certain parallélisme entre l’ordre des Assassins et celui des Templiers :

• chevaliers – refiks
• écuyers – fedavi
• sergents – lassiks
• prieurs – daîkebir
• grand maître – sheik el djebel

Bien qu’opposés au point de vue religieux, il n’est pas à écarter une certaine collaboration entre les deux ordres. De plus, les Templiers ont entretenu des relations diplomatiques et même militaires avec les Assassins de Syrie. Il est à noter aussi une certaine communauté d’esprit dans la lignée des ordres de chevalerie.

Ordre des Frères d’Orient : fondé dans la seconde moitié du XIe siècle par Michel Psellos, cet ordre est empreint de doctrines hermétiques néo-pythagoriciennes.

Ordre des Saints (ou Kaddosh) : cet ordre était d’inspiration essénienne, gnostique et johannique. Un certain Arnaud de Toulouse serait parti en Palestine vers le début du IXe siècle pour étudier et pénétrer les mystères de cette société. Il accéda à l’initiation des trois grades et obtint l’autorisation de fonder une émanation de l’Ordre en Europe. La première loge fut fondée en 804 à Toulouse par Arnaud sous le nomen d’Amus. L’ordre aurait compté parmi ses membres des personnages tels que : Gerber d’Aurillac (futur pape Sylvestre II), Raymond de Saint-Gilles (comte de Toulouse), Godefroi de Bouillon et les neuf chevaliers fondateurs de l’Ordre des Templiers. Au musée de Vienne est exposée une médaille à l’effigie de Dante réalisée par Pisanello. Au revers de la médaille, qui représente Dante, on peut lire l’étrange suite de lettres suivante : « F.S.K.I.P.F.T. ». Selon René Guénon, ces lettres signifient « Fidei Sanctae Kadosh Imperialis Principatus Frater Templarius ».

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