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Version complète: Au sujet de la réincarnation
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1. Définition de la réincarnation

(Jacques Languirand)

Le mot réincarnation signifie " reprendre chair, du latin caro " ou " prendre corps de nouveau ". C’est une idée vieille comme le monde et admise par bien des peuples anciens, de même que par une majorité de grands esprits de tous les temps. Il n’y a que chez les matérialistes – ce qui comprend la plupart des savants – et dans la tradition chrétienne, à partir du 6e siècle, que l’on rejette cette hypothèse qui s'avère pourtant des plus crédibles. Cependant, on ne peut, bien sûr, la démontrer en laboratoire, comme l’exigeraient les positivistes.

2. Son lien avec le karma


Le principe de la réincarnation est indissociable à la fois :

1. de la continuité de la vie au-delà de la mort ;

2. d’un lien moral entre les diverses actions d’un individu

appelé karma (mot sanskrit signifiant " action "), formant une chaîne d’actions et de réactions (la balle lancée et son rebondissement à partir du mur) qui relie le temps terrestre et l’au-delà.

De ces prémisses, on peut déduire que l’individu est responsable, d’une part, des actes qu’il accomplit au cours de cette vie et, d’autre part, de leur répétition ou de leur amendement dans la prochaine. Il n’y aurait donc pas de coupure entre cette vie et les autres – qui l’ont précédée ou qui la suivront –, ni entre les expériences au cours d’une seule vie, depuis l’enfance jusqu’à la mort, non plus qu’entre les êtres et l’Univers, tous partie intégrante de cet enchaînement.

3. Un enseignement très ancien

La sagesse ancienne enseigne que l’on meurt et renaît sans cesse : hier est mort, mais nous sommes vivants, car la vie évolue, se transforme, c’est-à-dire qu’elle change constamment de forme – elle se " réincarne ".

En reconnaissant que " rien ne sera jamais pareil ", on admet déjà que nous re-naissons constamment à partir de nos deuils de chaque instant, de chaque jour, de chaque semaine, de chaque âge de la vie. Le courant de l’existence pourrait même s’appeler un courant de renaissance, car on doit " mourir constamment à ce qui a été vécu pour être complètement au présent ", ce qui du reste définirait très bien ce qu'on entend par " vivre ".

L'idée de réincarnation n’est donc pas étrangère à notre expérience quotidienne; elle y est complètement intégrée, qu’on le veuille ou non. C’est peut-être la raison pour laquelle, à un regard sans préjugé, elle apparaît si raisonnable, si naturelle, si ajustée à la conception que l’on se fait d’un destin individuel.

4. Réincarnation et justice

La réincarnation offre une explication à l’injustice et à l’inégalité des humains sur cette terre. Elle permet que celui qui est riche dans cette vie soit pauvre dans la prochaine (et inversement), sans qu’il y ait préjudice ou jugement pour l’un ou pour l’autre. Car ce qui importe, c’est de connaître toutes les expériences et toutes les situations à travers la série de nos vies.

Cette doctrine situe donc les malheurs, les épreuves, la mortalité en bas âge, la souffrance prolongée et tout ce qui apparaît pénible en cette vie, dans un contexte très large d’équilibre, d’évolution et d’apprentissage. Tout n’est qu’occasion de se reprendre, de se mieux connaître, d’avancer, de croître, cela sans qu’on soit jugé, puisque les erreurs sont permises, quel que soit l’état de déchéance que l’on puisse atteindre. Du fait que nous ne sommes pas réduits à une seule et unique chance comme c’est le cas dans le christianisme, le temps n’est pas un obstacle.

5. Chacun fabrique son destin

C’est ainsi que chacun de nous a en main la capacité de se libérer lui-même à travers ses propres actions, ses expériences, ses erreurs, et au moyen des leçons apprises pendant toutes ces vies. Lorsqu’on dit " chacun ", il faut bien s’entendre : il ne s’agit pas du petit moi peureux et coupable, il s’agit plutôt de cette intelligence silencieuse et infinie qui, au fond de nous et de l’Univers, anime notre corps, notre esprit et nos actions.

C’est la sagesse en nous qui s’en charge, non l’intellect. En ce sens, oui, c’est chacun – cette âme incarnée que nous sommes – qui tirera les leçons et qui, après cette vie, fera devant ses guides une évaluation de sa conduite, pour décider ensuite avec leur aide le cours à suivre dans la prochaine incarnation, de manière à ce que les faiblesses et erreurs de la vie précédente soient corrigées. L’âme utilise ainsi les vies passées pour améliorer la vie présente, et celle-ci en vue d’améliorer les vies à venir.

6. L’effet boomerang

La loi morale universelle relie les actes/causes à des situations/effets, à travers le temps et l’espace. Et tous les effets finissent par se manifester. C’est un peu comme lorsqu’on jette une pierre dans la mare : les ondes de surface s’éloignent vers la rive, pour revenir au point de chute. Ou encore, comme le boomerang qui, lancé au loin, revient vers le lanceur. Tout émetteur est en même temps récepteur.

7. Le lent progrès de la conscience

C’est sans doute parce que l’accomplissement final d'un être humain prend un temps si long qu’il y a si peu de gens dits achevés, libérés ou éveillés. Un individu peut vivre plusieurs vies, et n’avancer que de la lettre A à la lettre B. Il peut soudain passer de B à G dans une seule vie, pour ensuite traîner longtemps entre G et H. En effet, on connaît très peu de gens qui s’achèvent totalement en une seule vie. Il suffit d’observer ceux qui approchent de la fin pour s’apercevoir que très peu semblent comblés, épanouis, ou même simplement sereins ou apaisés.

Cette constatation est d’autant plus saisissante quand il s’agit de chrétiens puisque, selon leur foi, l’espérance est une vertu essentielle... Mais peut-être celle-ci est-elle grandement mise à l’épreuve par le fait qu’ils ne disposent que d’une seule chance de salut... Pourtant, en tant que parents, ils donnent plusieurs chances à leurs enfants avant de les punir! Pourquoi donc leur Dieu, qui se dit Miséricordieux, est-il si mesquin et si cruel envers ceux qu’il appelle siens?

Il est vrai que, dans une vie, la croissance peut être très lente – trop lente parfois pour vraiment progresser significativement jusqu’au décès. Mais, dans l’hypothèse de la réincarnation, il n’y a, à ce sujet, aucune faute. Certes, l’âme a accepté de se perfectionner en ceci ou en cela dans une vie, mais elle a le droit de se tromper, d’errer, de faire du sur place, pour ainsi dire. C’est en arrivant de l’autre côté qu’elle fera la mise au point, l’ajustement nécessaire en vue d’une autre étape. Cela peut en effet ressembler à l’entraînement d’un athlète qui, avec son moniteur, s’exerce, se critique, se reprend, jusqu’à ce qu’il ait atteint le but proposé. De toute façon, la croissance ne s'arrêtera jamais.
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